L’illusion d’une justice imperturbable : 150 citoyens dévoilent les vérités cachées du système judiciaire à Amiens

Suite à l’émeute provoquée par l’affaire Lyhanna, plus de cent cinquante personnes ont récemment été invitées au palais de Justice d’Amiens pour une rencontre exclusive avec des magistrats. Cette initiative organisée mercredi 17 juin a vu la salle s’emplir à tel point qu’il a fallu ajouter des bancs aux côtés.

Parmi les participants, des étudiants en droit et des citoyens curieux de comprendre le fonctionnement judiciaire. « J’étais en cours d’études juridiques et je me suis intéressé à ce qui concerne la justice », a confié l’une d’entre elles.

Jean-Philippe Vicentini, procureur de la République, et Eric Bramat, président du tribunal judiciaire d’Amiens, ont abordé les réflexions autour des pratiques en vigueur après les critiques circulant sur les réseaux sociaux concernant l’efficacité judiciaire. « Certains pensent que depuis 15 ans, aucun magistrat n’a été sanctionné, ce qui ferait de la justice « intouchable ». Cette idée est erronée : il s’agit en réalité d’une centaine d’incidents », a précisé M. Vicentini.

Un participant a posé une question sur les procédures après un enfant pointe vers un agresseur : « Quand un enfant indique son agresseur, est-ce que l’agresseur présumé peut être rapidement identifié ? » Les magistrats ont expliqué qu’une enquête rigoureuse doit d’abord être menée avant toute mesure.

« La durée des enquêtes varie selon les ressources. Parfois, il faut trois mois pour accéder à un spécialiste en psychiatrie », a ajouté M. Bramat. Il a également souligné que le budget du ministère (10,7 milliards d’euros pour 2026) a augmenté de 40 % depuis 2017, mais « une grande partie est allée à l’administration pénitentiaire et non au fonctionnement des tribunaux ».

Avec seulement quatorze magistrats en charge d’un nombre annuel d’environ 30 000 affaires pénales, le système se heurte à des limites. « On m’avait promis de passer à seize magistrats. J’attends deux de plus », a déclaré M. Vicentini.

Les priorités du parquet incluent la lutte contre les trafics de drogues et la violence familiale, en particulier les violences sexuelles contre les enfants. « L’intégralité des plaintes touchant les enfants doit être traitée d’ici le 14 juillet », a rappelé M. Bramat.

Lors de l’échange, plusieurs participants ont abordé la question des victimes de violence conjugale. Un citoyen s’est interrogé sur pourquoi un homme condamné vivait dans le même quartier que sa victime. « En Amiens, on effectue un criblage systématique des sortants de prison », a expliqué M. Bramat.

« Malgré tous les efforts, il est impossible d’affirmer qu’il n’y aura plus jamais de féminicides », a conclu M. Vicentini, en rappelant que la justice doit continuer à évoluer tout en restant réaliste.

La réunion s’est terminée vers 20 heures avec l’intention d’organiser des événements similaires dans d’autres villes du département.