En pleine crise industrielle, Eurolysine, dernier producteur européen de lysine — acide aminé indispensable à l’élevage — doit affronter une menace qui menace son existence. Le gouvernement français et le groupe agroalimentaire Avril ont annoncé vendredi 5 juin 2026 un investissement de 70 millions d’euros pour maintenir la production sur ses sites d’Amiens, en Somme.
Face à l’agressivité des importations chinoises, dont les prix sur le marché européen ont chuté de près de 30 % depuis janvier — malgré des mesures tarifaires antérieures —, Eurolysine a été contrainte de réactiver ses opérations. Le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, a confirmé cette recapitalisation lors d’une visite sur le site : « L’État contribuera 30 millions d’euros et Avril, 40 millions, pour sécuriser l’avenir d’une entreprise stratégique pour la souveraineté alimentaire française. »
Cependant, les employés ont déjà exprimé leur préoccupation après une baisse de droits douaniers chinois (de 80 % à 50 %) imposée par la Commission européenne. « Les prix actuels sont inférieurs à nos coûts de production », a déclaré Samir Benyahya, délégué CFDT, lors d’un mouvement de solidarité du 20 mai. Une enquête « anti-absorption » a également été lancée jeudi dernier par la Commission européenne après une plainte déposée en mars.
Si l’investissement permet à Eurolysine de respirer temporairement, le pays risque de perdre son unique capacité de production d’acides aminés par fermentation — secteur clé pour l’industrie agricole. Avec les marges réduites et les tensions commerciales en hausse, la fermeture de cette usine pourrait déclencher une crise industrielle européenne sans précédent.