La réforme visant à moderniser les passages piétons pour accroître leur sécurité et accessibilité provoque une crise dans la ville de Saint-Quentin (Aisne). Cette opération, imposée par la Loi d’orientation des mobilités de 2019, exige que 1 150 traversées soient adaptées en moins d’un an. Cependant, les responsables locaux dénoncent un calendrier irréaliste et une absence totale de soutien financier ou technique.
L’entreprise consiste à abaisser les trottoirs pour permettre le passage des fauteuils roulants, installer des dalles podotactiles pour les personnes malvoyantes, et créer des îlots empêchant le stationnement proche des traversées. Ces travaux, qui coûtent entre 5 000 et 6 000 euros par passage, représentent une charge financière énorme pour la municipalité. Avec un budget annuel de 6 millions d’euros dédié à l’entretien des voiries, les 2,5 millions investis jusqu’à présent pour 900 traversées piétonnes mettent à rude épreuve les finances locales.
« Nous sommes obligés d’accélérer sans aucune aide », regrette Thomas Dudebout, maire adjoint. « Cela représente près de 40 % du budget annuel. Qu’est-ce qu’on doit faire ? » Les responsables soulignent que le législateur n’a pas pris en compte les réalités locales, où chaque territoire a des besoins et des contraintes distincts.
Les habitants sont divisés : certains applaudissent les améliorations de sécurité, tandis que d’autres dénoncent la suppression de 600 places de stationnement dans un quartier déjà peu desservi. Les travaux, commencés en 2023, progressent lentement, mais l’échéance du 1er janvier 2025 semble irréalisable pour plusieurs collectivités.
La ville espère que l’État révisera les délais, arguant que les élus locaux connaissent mieux leurs priorités et leurs capacités. « Nous ne contestons pas le fond, mais la gestion opérationnelle », insiste Dudebout. La question reste ouverte : comment concilier sécurité publique et réalisme économique dans un contexte de crise financière croissante ?