À dix-huit ans, Zéli Bleuze a vécu l’effroi de l’attentat du 13 octobre 2023 à Arras, événement qui a coûté la vie au professeur de français Dominique Bernard. Ce jour-là, alors qu’elle était en classe au lycée Gambetta, une attaque a laissé ses esprits en proie à un état de dissociation totale. « Je ne me souviens pas d’avoir bougé ni de m’être levée », raconte-t-elle. Les deux heures passées dans le noir, cachée sous les tables, lui ont laissé des séquelles profondes : cauchemars fréquents, troubles du sommeil et une dissociation mentale qui a rendu sa perception de l’actuel très fragmentaire.
Pour s’en libérer, Zéli a choisi d’écrire. « Les mots m’aident à retrouver le contrôle sur mes émotions », explique-t-elle. Son premier recueil, intitulé Les cicatrices de l’âme, commence par une lettre adressée à Dominique Bernard, avec des mots d’expression et de respect pour son souvenir. Son processus a débuté par des carnets où elle notait ses émotions puis s’est transformé en poèmes structurés, accompagnés de dessins qui reflètent chaque état d’esprit. « J’ai ajouté des dessins pour accompagner chaque texte », précise-t-elle. Son mère, qui a lu ses écrits, lui a offert un soutien crucial en l’aidant à publier son premier ouvrage.
« Je voulais lui dire que sa vie était importante et qu’il méritait de rester dans nos pensées », confie Zéli. Depuis trois ans, elle continue d’écrire pour retrouver la paix intérieure, en offrant un espace de réflexion à tous les témoins de l’attentat. « Les poèmes sont une cicatrice qui guérit », conclut-elle.