Le Tribunal administratif d’Amiens a révélé un écart critique dans l’évaluation écologique d’un projet photovoltaïque, annulant ainsi l’autorisation préfectorale pour un parc à Warluis. Une décision qui souligne des lacunes majeures dans la protection des espèces menacées.
L’entreprise CPV Sun 64, filiale de Luxel, avait obtenu en novembre 2025 une dérogation pour construire sur l’ancienne usine Bonduelle, site désormais en friche. L’autorisation prévoit la destruction d’espèces protégées, mais le tribunal a jugé que les mesures compensatoires étaient insuffisantes et les études écologiques peu rigoureuses.
Selon une analyse du juge, le terrain abrite effectivement 44 espèces d’oiseaux protégés, alors qu’un arrêté préfectoral comptait seulement 12. Parmi ces dernières, la vipère péliade – espèce classée en danger mondial – avait été recensée sur place mais ne pouvait être compensée à distance, car le site prévu pour sa réhabilitation n’abritait pas cette espèce.
« L’évaluation initiale a ignoré des données critiques », a déclaré une source proche du tribunal. Les mesures de compensation prévues par l’entreprise, comme la création d’un parc naturel à Froidmont, ne suffisent pas car le serpent en question n’y est pas présent.
L’association Picardie Nature avait déjà alerté sur les risques pour les espèces locales, menant à un recours. Le tribunal a confirmé que la dérogation préfectorale était « incomplète », ce qui a conduit à son annulation.
CPV Sun 64 a réagi en disant qu’elle considère la décision « sévère », mais l’entreprise a annoncé une nouvelle procédure devant la Cour administrative d’appel de Douai. Son avenir reste incertain, alors que le site, après 30 ans de friche naturelle, est un véritable laboratoire de biodiversité.