Un réseau de soins dentaires pour les plus démunis : une initiative qui galvanise des professionnels engagés

En 2005, à Lille, l’association APF France handicap et l’Ordre régional des chirurgiens-dentistes ont mis en place un projet innovant pour répondre aux besoins de populations souvent négligées : les personnes âgées vivant en Ehpad, ainsi que celles confrontées à des handicaps physiques ou psychiques. Ce réseau, qui a évolué au fil des ans, s’est étendu à l’ensemble des Hauts-de-France après la fusion des régions en 2016.

Le constat initial était criant : un tiers des personnes en situation de handicap n’avait accès à aucun soin bucco-dentaire. Sophie Leman, directrice de Handident Hauts-de-France, souligne que les obstacles ont changé au fil du temps : « Aujourd’hui, le problème ne réside plus uniquement dans l’accessibilité physique, mais plutôt dans la difficulté d’interaction avec des patients souffrant de troubles sensoriels ou autistiques. »

Avec près de 200 professionnels réunis – praticiens libéraux, dentistes retraités formés à cette mission, et personnels hospitaliers – l’association a pourtant du mal à combler les lacunes structurelles. La pénurie chronique de médecins, exacerbée par un numerus clausus strict et le départ en retraite massif des anciens, crée une situation tendue. « Les cabinets disparaissent, emportant avec eux des savoirs précieux », regrette Sophie Leman.

Cette insuffisance touche particulièrement les seniors dépendants et les personnes fragiles, souvent contraintes de subir des soins d’urgence. Le réseau Handident propose une alternative : des consultations annuelles pour prévenir les problèmes, financées par l’ARS. « Mais ce n’est pas le dépisteur qui suit ensuite le patient », précise la directrice.

Augustin, un jeune dentiste de 27 ans installé près d’Abbeville, incarne cette dynamique. Engagé dès son arrivée dans le réseau, il traite 4 à 5 patients par semaine, adaptant ses méthodes aux besoins spécifiques : « La patience et la compréhension sont essentielles pour ces publics. » Son objectif ? Allouer 30 % de son activité à ces soins, notamment auprès d’enfants placés par l’ASE.

Malgré les défis, le réseau reste un espoir. « Exercer en libéral est parfois isolant, mais ce groupe de professionnels qui partagent leurs expériences est indispensable », affirme Augustin. Une démarche qui souligne l’importance d’une solidarité médicale, encore plus nécessaire dans un contexte économique français marqué par des tensions croissantes et une dégradation progressive du tissu professionnel.