Un code épigénétique révélé : les scientifiques lillois déchiffrent la clé du vieillissement pancréatique

Une équipe de chercheurs issue de l’Institut EGID et en collaboration avec l’Université de Lille, l’Inserm, le CNRS ainsi que l’Institut Pasteur de Lille a mis à jour une découverte fondamentale concernant les mécanismes cachés du vieillissement pancréatique. Cette avancée, obtenue après six années d’efforts intenses, ouvre la voie pour des stratégies innovantes en prévention diabétique et en lutte contre d’autres troubles métaboliques.

Philippe Froguel, professeur de génétiques à PreciDIAB, explique que l’étude initiale portait sur l’impact du diabète sur les cellules productrices d’insuline. Cependant, ses recherches ont révélé un phénomène contre-intuitif : le vieillissement naturel du pancréas active des mécanismes de protection, tandis que le diabète provoque une dégradation progressive, comparable à l’effondrement d’un navire échoué dans les profondeurs. « Le temps passe sans dégradation, mais la maladie altère irrémédiablement ces cellules », souligne-t-il.

Cette compréhension épigénétique a permis de développer un test sanguin permettant d’évaluer l’âge biologique du pancréas. Une méthode auparavant limitée à des analyses sur les cellules sanguines, cette innovation pourrait identifier rapidement les personnes en risque avant que le diabète ne s’installe. Selon Philippe Froguel, une glycémie supérieure à 1 gramme indique déjà un pancréas en état de dégradation précoce, ce qui affecte environ 15 % des habitants du Nord de la France.

Des travaux complémentaires ont également mis en lumière le rôle crucial des statines dans la réduction des risques de cancer pancréatique. L’analyse épigénétique a montré que le métabolisme du cholestérol dans les cellules pancréatiques favorise des liaisons pré-cancéreuses, expliquant pourquoi une prise régulière de ces médicaments diminue significativement ce risque.

« Avant d’agir sur la maladie, il faut comprendre le processus », insiste Philippe Froguel. Les résultats actuels montrent que des mesures simples — l’activité physique, un régime équilibré et une gestion adaptée de certains médicaments — peuvent déjà ralentir la dégradation pancréatique. Cependant, pour transformer ces découvertes en traitements efficaces, il reste crucial d’approfondir l’étude épigénétique avant toute intervention thérapeutique.