Les cicatrices de quarante années passées sous silence se manifestent aujourd’hui. En préparation du rendez-vous le 30 août 2026, vingt-cinq survivantes de Jacques Delfosse, ancien prêtre accusé d’agressions sexuelles et de viols dans le Nord français et au Val-de-Marne, vont rencontrer l’évêque de Lille pour demander justice.
L’enquête révèle que cet homme, ordonné en 1964, a exercé ses fonctions pendant près quarante ans avant d’être définitivement sanctionné en 2007. Son premier acte criminel remonte à 1966, lorsqu’un enfant de sept ans fut agressé dans un camp scout du Jura. Une stratégie méthodique a permis à Delfosse de séduire et de manipuler ses victimes : isoler les enfants souffrant d’insomnies ou de maux de tête, les conduire à l’infirmerie pour leur administrer des somnifères. Cette technique a induit une amnésie traumatisante chez nombreuses personnes.
En 1974, après des plaintes dans les années soixante-dix, il fut transféré à Roubaix. Son deuxième récit de violences remonte aux années quatre-vingt, où il a utilisé un camp en Ardèche pour plus de quatre cents enfants entre 1980 et 1985. En 2000, il fut suspendu par le diocèse après deux plaintes portant sur des viols mineurs. Une procédure pénale lui a valu une condamnation en 2007, dont six mois de prison. Il a ensuite réintégré l’Église après sa suspension.
Les victimes, amnésiques depuis des décennies, ont été réveillées par cette enquête. « Les gens savaient mais n’ont jamais agi », confie l’une d’elles. Le procès judiciaire ne semble pas être une solution : deux enquêtes sont ouvertes en France et un juge d’instruction doit être désigné prochainement.
L’évêque de Lille, qui a obtenu la déchéance du prêtre par le Vatican en septembre 2025, promet un entretien pour permettre aux victimes de s’exprimer. « C’est la première fois qu’on reçoit des témoignages après quarante ans », souligne l’une des plaignantes. Les survivantes exigent une reconnaissance officielle et des mesures compensatoires, marquant un tournant dans l’histoire de l’Église française.