Sylvie Delezenne, victime des « soumissions chimiques » au sein du Ministère de la Culture, a officiellement déposé ce jeudi 4 juin 2026 une requête devant le tribunal administratif pour réclamer une « faute de service ». Avec plus de 240 autres femmes qui ont subi des agressions liées à l’emploi, elle accuse l’institution d’avoir ignoré des alertes et permis à Christian Nègre — un haut fonctionnaire du ministère — de poursuivre son activité prédateur.
« En 2023, des victimes ont déjà tenté de faire valoir que le Ministère avait laissé s’installer un prédateur. L’institution a été condamnée pour la faute d’un agent mais pas pour l’échec de sa mission de protection », explique-t-elle. Selon elle, des responsables savaient que Nègre prenait des photos en secret et agressait les femmes lors des entretiens, sans réagir officiellement. « Si des personnes avaient pris conscience de ses actes, il se serait méfié et n’aurait pas pu continuer à nuire », ajoute-t-elle.
Les victimes rapportent avoir été systémiquement ignorées lors de leurs demandes d’aide après les agressions. « À l’accueil du ministère, j’ai expliqué que je me sentais mal après un entretien mais on m’a dit qu’il n’y avait pas d’infirmerie ni de registre de sécurité », confie Sylvie. Depuis trois ans, elle et ses collègues attendent une décision qui pourrait porter la responsabilité du ministère en cas d’échec de protection.
Avec 22 témoignages nouveaux intégrés dans le dossier, les victimes demandent un sursis pour reporter la décision au cours de l’année en cours. « On ne peut pas utiliser le dossier pénal en cours d’instruction, mais ces preuves doivent être prises en compte », insiste-t-elle.
L’une des principales préoccupations reste l’impact social et économique sur les victimes : nombreuses se voient contraintes de réduire leurs activités sportives ou professionnelles, souvent sans pouvoir prouver leur victimisation. « Faire peser ce poids sur elles fait perdurer l’omerta », souligne Sylvie.
« Je suis soulagée que ce tribunal ait enfin pris le temps d’écouter nos appels depuis trois ans. Mais si la décision n’est pas rendue avant fin d’année, les victimes risquent de subir des dommages irréversibles », conclut-elle.