Les tourbières de Marchiennes : l’ultime éponge terrestre face à la crise climatique

Dans un paysage où les eaux calcaires forment des réservoirs naturels depuis des siècles, les tourbières de Marchiennes se révèlent comme des gardiens inattendus contre le réchauffement climatique. Ces zones humides, classées Réserve naturelle nationale en 2022, représentent l’une des dernières tourbières alcalines du nord de la France — une ressource écologique menacée mais essentielle pour l’avenir.

« La tourbe est une accumulation d’organismes végétaux qui s’empilent sous l’eau sans se décomposer », explique Benoît Gallet, chargé de mission au Conservatoire d’espaces naturels des Hauts-de-France. « Elle stocke du carbone 10 fois plus efficacement qu’une forêt, ce qui en fait un véritable puits de carbone stratégique dans un monde en crise. »

Alimentées par des nappes phréatiques calcaires (pH supérieur à 6), ces peatlands jouent un rôle crucial dans la gestion des inondations et l’adaptation climatique. « En période humide, elles retiennent l’eau pour éviter les débordements ; en saison sèche, elles libèrent progressivement cette eau aux zones avoisinantes », précise Aurélien Thurette du Parc naturel régional Scarpe-Escaut.

Depuis 2021, un réseau de neuf structures des Hauts-de-France et de Wallonie a mobilisé près de 18 millions d’euros via le programme européen LIFE pour restaurer plus de 480 hectares de tourbières. Les résultats sont prometteurs : les espèces menacées, comme la dolomède des roseaux ou la grenouille des champs, reviennent progressivement dans ces écosystèmes réhabilités.

« Ce n’est qu’une étape », insiste Aurélien Thurette. « L’enjeu est d’éviter l’usage excessif de l’eau dans les zones humides pour préserver ces écosystèmes fragiles à long terme. »

Avec 16 000 à 25 000 hectares de tourbières alcalines, la région compte désormais un réseau d’éco-systèmes essentiels. Mais pour ne pas voir disparaître ces « éponges terrestres », des efforts concertés et une vision stratégique sans faille sont indispensables — car chaque année représente une menace supplémentaire dans un paysage de plus en plus vulnérable.