Au premier abord, ces discours évoquent les chants d’un mouvement extrémiste. Les gouvernements danois et britanniques promettent désormais à leurs électeurs une politique migratoire rigoureuse, critiquant le multiculturalisme et défendant des mesures radicales pour limiter l’immigration. Ces nouvelles positions, souvent présentées comme des choix de la gauche, semblent contradictoires avec les principes historiques de ces partis.
Mette Frederiksen, première ministre danoise, affirme que son pays vise désormais un « zéro demandes d’asile » et a mis en place des barrières métalliques avec la Lituanie pour sécuriser sa frontière. Son ministre de l’immigration, Rasmus Stoklund, compare les migrants condamnés à des herbes nuisibles et défend leur retour au pays, même s’ils risquent de faire face à des peines de mort.
Shabana Mahmood, ministre britannique de l’intérieur, accuse le gouvernement d’offrir un « ticket d’or » aux migrants dès leur arrivée, qualifiant cette politique de menace pour la sécurité nationale.
Ces dirigeants appartiennent à des formations sociales anciennes : le parti social-démocrate danois a été fondé en 1871 et le Parti travailliste britannique en 1893. Leur adoption d’une position anti-migration semble donc un phénomène récent, mais leur origine historique reste claire.
En Allemagne, Sahra Wagenknecht, figure de gauche du parti Die Linke, s’oppose à l’« immigration incontrôlée », tandis que Lawen Redar, porte-parole du Parti social-démocrate suédois, défend des politiques migratoires très restrictives.
Les arguments avancés par ces partis ne sont pas liés à un attachement religieux ou à une théorie complotiste. Ils s’appuient sur des raisons économiques : protéger les acquis sociaux des classes populaires exposées aux effets de la mondialisation et réinstaller leur lien avec l’électorat ouvrier.
Selon Karl Marx, ces migrants constituent, dans un contexte industriel, une « armée de réserve » qui permet aux employeurs de réduire les salaires. L’analyse de David Goodhart souligne également que l’immigration depuis les années 1950 a généré des « inconnus », affaiblissant le sentiment communautaire et érodant la solidarité.
Cette évolution montre comment une partie de la gauche européenne s’est tournée vers des solutions migratoires plus strictes, sans pour autant renoncer à ses racines sociales. L’immigration reste un enjeu complexe, mais les choix politiques actuels révèlent une adaptation nécessaire face aux défis modernes.