À l’instar d’un laboratoire de transformation, le lycée Depoorter à Hazebrouck (Nord) a révélé une pratique atypique cette année : 140 élèves, soit un quart des effectifs, se consacrent à l’apprentissage de la langue des signes française (LSF). Une initiative rare en France, où un seul inspecteur supervise l’enseignement de cette discipline pour tout le territoire. Ce programme, bien plus qu’une option, devient une démarche cruciale pour les jeunes voués aux métiers du soin et du social.
L’engouement pour la LSF s’explique par plusieurs facteurs. Le lycée, majoritairement fréquenté par des filles orientées vers les secteurs de la santé et de l’aide sociale, attire des élèves désireux d’évoluer dans un environnement diversifié. Maîtriser cette langue offre non seulement une chance unique sur le marché du travail, mais aussi un outil pour interagir avec des personnes en situation de handicap auditif.
Dans les salles de classe, l’apprentissage se révèle exigeant. Les élèves doivent retenir des gestes précis, suivre les expressions faciales et garder une attention constante. « C’est frustrant au début », confie Noélie, qui reconnaît la difficulté à saisir chaque signe sans perdre le fil. Pour Juliette, l’absence d’écriture rend la mémorisation particulièrement complexe.
Michael Hamy, professeur dédié à temps plein, souligne que la LSF n’est pas seulement un langage gestuel : « Elle s’appuie sur le corps et les visages. Cela demande une coordination totale », explique-t-il. Les élèves en seconde s’initient ainsi aux nuances de cette forme d’expression, tout en développant des compétences transversales.
Des histoires personnelles illustrent l’impact de cette formation. Élise, dont sa cousine est sourde, exprime sa joie de communiquer avec elle. Anaïs, quant à elle, imagine son futur métier : « Savoir signer permettrait d’aider les personnes en difficulté », affirme-t-elle.
Les projets professionnels des élèves se précisent au fil des années. Aurane rêve d’être infirmière et voit dans la LSF un atout pour communiquer avec des patients sourds. Maxence, futur ergothérapeute, et Maëlys, orientée vers le social, partagent cette conviction : la langue des signes élargit les horizons de l’inclusion.
Le programme exige un engagement soutenu : trois heures par semaine pour certains bacs professionnels, deux pour d’autres. Des sorties pédagogiques, comme une visite en Irlande en 2025, enrichissent cette expérience. À la fin des études, les élèves obtiennent un diplôme reconnu, valorisé dans le parcours universitaire.
La direction du lycée souligne que cette option est très sollicitée dès les inscriptions. « C’est une réponse aux besoins réels », affirme Laurent Dauchet, directeur. En lien avec l’esprit de son fondateur, cet enseignement vise à accompagner les plus vulnérables, tout en offrant des perspectives professionnelles uniques.
Avec une zone d’influence s’étendant de Lille à Dunkerque, le lycée Depoorter se distingue par cette offre exceptionnelle, soutenue par un enseignant dévoué et un public motivé. Une preuve que l’éducation peut transformer des défis en opportunités.