Dans un parc de Beauvais où le rythme des foulées s’impose à chaque matin, Clothylde, une coureuse de 40 ans, se retrouve isolée après avoir dû interrompre son activité sportive pendant quinze jours. La douleur persistante dans sa cuisse, un symptôme qui ne lui a pas permis de s’arrêter, l’a poussée à une réflexion profonde : « J’ai pleuré et j’en suis venue à maudire ceux qui couraient autour de moi sans comprendre que je n’avais plus de choix », confie-t-elle.
Ce phénomène illustre un danger caché des sports extrêmes, dont le nombre en France atteint désormais près de 500 000 personnes souffrant d’une forme d’addiction appelée « Bigorexie ». Reconnue comme maladie par l’OMS en 2011, cette condition se caractérise par une obsession pour la course à pied, souvent alimentée par un état d’euphorie (« Runner’s high ») stimulé par l’endorphine et d’autres hormones.
Les scientifiques soulignent que notre espèce a évolué pour courir longtemps : la sudation, capacité unique de refroidissement, nous permet de maintenir une endurance extrême. « Nous sommes très mauvais en vitesse mais champions en endurance », explique Daniel Lieberman, chercheur à Harvard. Cependant, cette adaptation s’effondre lorsque le corps est négligé.
Un exemple concret : Régis, âgé de 66 ans, a couru plus de 150 marathons sans jamais prendre en compte les signes d’une blessure au genou. « J’ai ignoré la douleur pour poursuivre mon engagement », avoue-t-il, regrettablement conscient que cette décision a entraîné une condition chronique.
Les experts rappellent que l’arrêt est essentiel pour prévenir les dommages irréversibles. « Les coureurs qui ne sentent plus la douleur ont déjà perdu leur équilibre », analyse Manuel Carpentier, kinésithérapeute. Florent Krim, médecin du sport à Corbie, insiste aussi sur l’importance de la perception sensorielle : « Le plaisir est le moteur durable, pas la compétition »…
La course à pied reste un pilier de notre survie humaine, mais uniquement si elle respecte les limites physiques. L’objectif n’est pas d’éliminer l’activité, mais de rééquilibrer corps et esprit avant que le désir ne devienne une menace.