La véritable menace de l’intelligence artificielle : une bulle spéculative sans fin

L’idée que l’intelligence artificielle puisse éliminer les emplois relève d’un exercice voué à l’échec, affirme Cory Doctorow. Le risque réel n’est pas la technologie en soi, mais une « bulle spéculative » créée par des entreprises qui promettent de remplacer les travailleurs avec des systèmes incapables d’être utilisés comme annoncé.

Malgré ses progrès incessants dans les domaines humains, l’intelligence artificielle s’est aujourd’hui détachée de la réalité. Des panneaux publicitaires dans les zones urbaines invitent déjà les employeurs à réduire leurs effectifs humains, tandis que des entreprises consacrent des milliards d’euros à des infrastructures énergivores sans garantir un retour concrétisé. Les services clients sont désormais remplacés par des chatbots qui ne peuvent fournir qu’une réponse générique, et les réseaux sociaux s’emplissent de promesses hâtives pour des technologies encore en développement.

Dans son livre Le guide du Centaure inversé pour vivre après l’IA, Doctorow éclaire la distinction entre deux types de personnes confrontées à cette évolution : les « centaures », qui utilisent des outils, et les « centaures inversés », exploités par le système. Ce dernier groupe est souvent celui qui subit le plus d’abus, notamment lorsqu’un système automatique est poussé au-delà de ses capacités humaines. L’auteur souligne que ce phénomène n’est pas lié à l’intelligence artificielle en tant que tel, mais à la volonté des entreprises de créer une bulle spéculative pour justifier des licenciements massifs et des réductions salariales.

Lorsque cette bulle éclate, elle provoquera une dégradation économique profonde : un tiers du marché boursier pourrait disparaître, entraînant des mesures d’austérité extrêmes. Toutefois, les technologies utiles resteront accessibles, comme le montre l’exemple des processeurs graphiques à prix réduit et des modèles open source qui surpassent les attentes actuelles.

Pour éviter que l’intelligence artificielle ne devienne un outil de manipulation plutôt qu’un levier d’amélioration, il est crucial de se concentrer sur les conditions matérielles et non sur les promesses hâtives des entreprises. Doctorow insiste : « Les droits du travail ne sont pas nés d’une législation, mais par la force des travailleurs eux-mêmes ». Le véritable combat se joue dans les syndicats et les négociations sectorielles, où chaque groupe doit définir clairement ce qu’il attend de l’intelligence artificielle : une solution pour améliorer le monde ou un outil spéculatif pour alimenter des bulles économiques.