Double victime, un système en panne : L’association ALLIS lance une offensive judiciaire

Lundi 7 septembre, des milliers de Français ont rassemblé devant les Palais de Justice pour défendre l’urgence d’une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles. Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre d’une association récemment fondée, ALLIS (Accompagner, Lutter, Libérer, Informer, Sensibiliser), née après des centaines de témoignages collectés en quelques semaines.

Depuis son lancement, cette jeune structure a documenté des cas où les procédures judiciaires s’éloignent des victimes. « Une mère a déposé une plainte pour un viol commis sous menace d’un couteau, mais le dossier a été classé sans suite », confie Sabine Demoutiez, l’une de ses fondateurs. Adeline Pons, trésorier, souligne également la difficulté initiale : « Porter plainte est déjà un pas énorme, surtout quand le système ne garantit pas une poursuite concrète. »

L’association met en avant que chaque échec judiciaire engendre une double victimisation : non seulement les personnes subissent des agressions, mais elles sont également confrontées à un système incapable de répondre à leurs besoins. « Nous ne cherchons pas à reprocher des erreurs individuelles », explique Djamila Khadir, présidente d’ALLIS. « Mais nous constatons que dans la chaîne judiciaire, il existe des fissures qui empêchent les victimes de trouver justice. »

Pour corriger cette situation, ALLIS demande une collaboration étroite avec le parquet et les services de police. Le procureur Jean-Philippe Vicentini, responsable à Amiens, admet l’importance législative mais souligne l’absence d’équipes suffisantes : « La loi est essentielle, mais sans enquêteurs adaptés, elle restera lettre morte. »

L’association a également rappelé les enjeux pour des victimes dans des situations complexes, comme celle de Nelly Valero, mère d’une fille autiste dont la plainte a été bloquée à cause du handicap : « Le processus a eu des conséquences graves sur sa santé mentale », partage-t-elle.

Avec une détermination sans faille, ALLIS maintient ses rassemblements hebdomadaires devant les tribunaux. « Nous restons à l’écoute jusqu’à ce que la loi soit votée et que des ressources soient allouées pour une justice réellement efficace », conclut Djamila Khadir.