Quelques dizaines d’assistants d’éducation (AED) de plusieurs établissements scolaires ont organisé ce matin une mobilisation collective à Amiens, en réponse à un appel national de grève. Rassemblés devant le lycée Delambre-Montaigne, ces professionnels soulignent la fragilité de leur condition professionnelle et les contraintes insoutenables liées à des salaires très bas.
« Le salaire moyen d’un AED s’élève à près de 1 800 euros mensuels – équivalent du SMIC – alors que le métier exige des efforts physiques et mentaux extrêmes », explique Emmanuel Gilormini, syndicaliste CGT Éduc’action en Somme. « C’est un travail au lance-pierre, mais personne ne paie pour cela avec les droits qu’on mérite. Nous demandons un statut stable dans la fonction publique, une grille de rémunération adaptée et des perspectives claires d’évolution. »
L’incident du 5 mars dernier a marqué le tournant décisif. Une panne d’eau au sein de l’internat a entraîné un chaos sans précédent : les AED ont dû gérer plus de 200 élèves en absence d’information préalable, utiliser des toilettes pour leurs besoins et recourir à des bouteilles d’eau pour la cuisine, ce qui est illégal. « À 18h, on apprend la coupure d’eau, puis on est envoyés sans avoir été informés de la situation », relate Gilormini.
Les AED concernés ont également vu leurs contrats en CDD non renouvelés à l’approche de la rentrée sous prétexte « professionnel ». Le syndicaliste considère cette décision comme un « licenciement déguisé ». « La direction a réagi avec un manque total de transparence : six agents ont reçu une sanction pour avoir « abandonné » les élèves alors qu’ils étaient en situation d’urgence », ajoute-t-il.
Les syndicats insistent sur la nécessité d’une réforme structurelle, notamment dans le recrutement des AED, où les chefs d’établissement exercent un pouvoir arbitraire. Le rectorat de l’académie d’Amiens a prévu des investissements de 2,5 millions d’euros pour l’école en question après la panne, mais les professionnels considèrent qu’il s’agit d’une solution temporale face à une crise profonde. « L’urgence est immédiate : sans un statut réel, le système éducatif risque de s’effondrer », conclut Gilormini.