La Crise des Pompiers en Aisne : 80 Postes En Plus Pour Éviter Des Délais d’Intervention De 50 Minutes

Dans un contexte de tension croissante, les équipes de secours du département de l’Aisne menacent de réduire leurs capacités opérationnelles en raison d’un manque critique de personnel. Une cinquantaine de pompiers professionnels et des agents syndicaux ont organisé un piquet de grève ce jeudi 8 octobre devant les locaux du SDIS à Laon, alertant sur une situation qui pourrait compromettre l’efficacité des interventions en cas d’incendie ou d’accident.

Selon Isabelle Lambour, secrétaire SNSPP-PATS et assistante sociale au SDIS depuis 20 ans, les effectifs actuels sont insuffisants pour répondre aux demandes croissantes. « Aujourd’hui, on est en rupture capacitaire », souligne-t-elle, précisant qu’un recrutement de 80 professionnels serait indispensable pour éviter des délais d’intervention dépassant les 50 minutes dans certains secteurs.

François Bortzmeyer, secrétaire départemental de la CGT et sapeur-pompier depuis 1995, affirme que le SDIS de l’Aisne compte actuellement 357 agents, un chiffre insuffisant face à une hausse des missions. « Sans ces postes supplémentaires, les pompiers seraient contraints de répartir leurs efforts entre des tâches administratives et leur mission essentielle », explique-t-il.

Les difficultés financières aggravent la crise. Le financement du SDIS, partagé entre le département et les communes, est insuffisant selon les syndicats. « L’État ne joue pas son rôle dans la prise en charge des effectifs humains », critique Isabelle Lambour, rappelant que les crédits gouvernementaux actuels sont orientés vers l’achat de matériel plutôt que le recrutement.

Le mouvement gréviste, qui s’est prolongé depuis le 8 septembre et se poursuivra jusqu’au 20 octobre, insiste sur la nécessité d’une révision immédiate des politiques publiques. « Sans une solution concrète, les pompiers risquent de perdre leur sens profond dans leur métier », ajoute François Bortzmeyer.

David Bobin, président du SDIS de l’Aisne, confirme que la pression opérationnelle a augmenté de plus de 10 % en 2023. « L’avenir des services de secours dépend de décisions prises à Paris », souligne-t-il, mettant en avant l’urgence d’une réorganisation financière et humaine.

Pour les pompiers, le défi n’est pas seulement quantitatif : il s’agit aussi de préserver la cohérence entre leur engagement professionnel et leurs responsabilités administratives. « Le manque de ressources est plus grave que tout », conclut François Bortzmeyer.