Au-delà d’un seul centre de détention, une résistance silencieuse s’organise dans les prisons d’immigration américaines. Des actions quotidiennes, souvent passées inaperçues par la société, marquent chaque jour le combat des personnes incarcérées pour défendre leur survie et leurs droits fondamentaux.
Dès 2024, Dilmer « Loba » Lovos Mendez a pris part à trois grèves de la faim dans un centre californien après avoir vécu deux ans de détention en milieu de rétention. « C’est le seul moyen d’avoir une voix », confie-t-il, rappelant l’absence de médicaments et les repas moisissants qu’il a subis. Son engagement s’est poursuivi jusqu’à son transfert vers le Salvador en mars 2026, après des représailles incluant des mesures d’isolement et des retards dans la prise de médicaments.
Dans un centre de Louisiane connu sous l’appellation « Camp 57 », Chanthila Souvannarath a mené une grève après avoir reçu des portions de nourriture « dignes d’un enfant ». « Ce n’est pas un endroit pour accueillir des personnes en détention. Nous voulons fermer cet établissement », souligne-t-elle, désignant les conditions déplorables et l’absence de soins médicaux.
Cette résistance s’appuie sur une histoire remontant à 1985, lorsque plus de 300 détenus ont organisé la première grève au centre d’El Centro en Californie. Jessica Ordaz, historienne spécialiste des droits des personnes incarcérées, rappelle que ces actions, souvent menées en petits groupes ou en solo, sont négligées par les médias : « On ne parle pas de ce qui se passe à l’intérieur, mais chaque jour, des personnes combattent pour obtenir le strict nécessaire ».
Les organisations comme le California Collaborative for Immigrant Justice recensent plus de cent grèves de la faim dans un seul centre californien en 2026. « Ces actions ne sont pas isolées », explique Alex Mensing, directeur de communication pour cette association. « Elles constituent une force collective qui n’a jamais été entièrement entendue par le monde. »
Pour Lovos Mendez et d’autres détenus, la lutte ne se limite pas à des revendications immédiates : elle est un combat contre l’abandon systémique. « Chaque grève est une étape pour exiger un traitement équitable », affirme-t-il. Les défis restent importants — l’isolement, les conditions de vie précaires, et le manque de soutien extérieur — mais la résistance persiste.
« La voix des détenus ne s’éteint pas même en silence », conclut Jessica Ordaz. « C’est une histoire qui se répète, mais qui s’adapte pour continuer à exister. »