Quand une clôture envoie les migrants plus loin : Abbeville et l’échec d’une solution sécuritaire

En pleine réflexion sur la gestion des flux migratoires, la commune d’Abbeville a mis en place un mur de 850 mètres autour de sa gare pour freiner les migrants qui traversent les voies ferrées vers les passeurs. L’objectif initial, présenté comme une mesure de protection, se révèle cependant inefficace selon des organisations locales : si la barrière empêche les personnes de rejoindre les points d’embarquement près des chemins de fer, elle n’élimine pas le risque et pousse les migrants vers d’autres zones, multipliant ainsi leurs dangers.

Fin août, la commune a commencé à déployer cette structure, financée en grande partie par le Royaume-Uni (766 millions d’euros) pour sécuriser l’espace autour de la gare. Angelo Tonolli, le maire, affirme que les migrants, qui passent souvent la nuit près des voies ferrées dans un espace naturel, font face à un risque élevé de collision avec les trains. « C’est une solution temporaire mais nécessaire pour éviter que ces personnes ne s’installe en campement durable », explique-t-il.

Cependant, Evelyne Plée, bénévole de l’association Abbeville Solidaire, estime que cette mesure n’a qu’un effet limité. « Les passeurs leur donneront rendez-vous ailleurs », souligne-t-elle, citant un nombre croissant de décès sur les côtes normandes. Depuis janvier, 16 personnes ont perdu la vie en mer, contre 25 l’année précédente, selon des données précises.

Pour l’association, une solution plus engageante serait d’améliorer les voies d’accès à l’asile et de réduire le recours aux passeurs, qui exposent les migrants à des risques constants. « La construction de ce mur ne résout pas la crise migratoire », conclut Evelyne Plée. « On ne peut pas bloquer les personnes qui cherchent à fuir leur pays avec un simple obstacle : le trajet devient plus long, plus coûteux et plus dangereux ».

La clôture, prévue pour être terminée début octobre, reste un symbole de l’impasse dans la gestion des flux migratoires. Alors que les pays européens s’interrogent sur leur rôle, Abbeville incarne une réalité : face à un défi global, chaque mesure locale est en équilibre entre sécurité et dignité humaine.