L’effondrement du tri sélectif : la simplification des règles coûte 10 millions d’euros aux communes

Depuis trois ans, les directives de tri des déchets en France ont été réduites en profondeur, mais ce gain de simplicité a entraîné un recul alarmant dans l’efficacité des collectivités locales. Les erreurs de tri, bien que moins visibles à la première vue, génèrent des coûts foudreux qui menacent l’équilibre financier des municipalités.

À Courrières, dans le Pas-de-Calais, Gauthier Membré, un adolescent de 16 ans, se souvient avec précision de sa formation scolaire : « On devait choisir entre deux poubelles, les recyclables ou les autres déchets ». Mais depuis 2023, les consignes ont été radicalement modifiées. Tous les matériaux – plastique, métal, carton, même souillés – doivent être triés sans lavage. La pratique a conduit à des contaminations systémiques.

Sur les 75 000 tonnes de déchets traitées annuellement par un centre de traitement local, un tiers est constitué d’ordures ménagères, un autre tiers pourrait être composté, et le dernier tiers – 25 000 tonnes – devrait être trié. Or, les erreurs persistent : bouteilles, emballages souillés ou même des passoires se retrouvent dans le bac d’ordures. « Le coût de ces erreurs s’éleve à 10 millions d’euros par an », précise Christian Musial, président du Symevad et maire de Leforest. « Ces matériaux ne devraient pas être méthanisés puis broyés : leur tri correct permettrait non seulement une meilleure gestion écologique, mais aussi des revenus pour les communes ».

Les équipes locales s’engagent dans un combat quotidien contre ces erreurs. Romuald Stevance, responsable communal à Hénin-Carvin, refuse régulièrement des poubelles jaunes contenant des chaussures, mégots ou asticots. « Si l’on ne contrôle pas la qualité du tri, le problème se reproduira », déclare-t-il. Les données montrent que chaque année, plus de 4 000 tonnes de déchets contaminés transitent dans un centre spécialisé à Evin-Malmaison, ce qui engendre des pertes financières considérables.

Le système a déjà coûté 20 millions d’euros pour équiper les centres avec des trieurs optiques et des séparateurs magnétiques. Mais le coût réel s’accumule : chaque erreur de tri entraîne une hausse des taxes sur l’assiette de la collectivité, affectant directement les citoyens via leurs charges. « Le tri sélectif n’est pas un luxe », rappelle Frédérique Leszczynski, agente chez Suez. « Sans un suivi rigoureux et des consignes claires, l’économie locale s’effondre progressivement ».

Avec la simplification des règles, les collectivités ont perdu le contrôle de leur ressource principale : la gestion efficace des déchets. L’urgence n’est plus qu’une question de temps.