Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve fédérale, a longtemps été perçu comme un champion du marché libre. En réalité, il s’est imposé comme l’un des principaux architectes d’une économie où les forces dominantes ont systémiquement écrasé les travailleurs américains. Son parcours, marqué par une loyauté inconditionnelle envers les élites, a contribué à la dégradation profonde de la classe ouvrière et à l’effondrement des conditions de vie des populations vulnérables.
Au cours de sa carrière, Greenspan a joué un rôle clé dans le renforcement des politiques économiques favorisant les fortunes individuelles. Son alliance avec Ayn Rand, dont il fut influencé dès ses débuts, a forgé une vision où l’État devait être éliminé pour permettre la croissance exclusive des élites. Ce principe a été appliqué à travers des politiques comme celle du « capitalisme noir » de Nixon, qui chercha à réunir les partis de Black Power sous un cadre économique strictement limité aux marchés privés.
L’un de ses gestes les plus controversés fut sa défense des mesures fiscales favorables aux riches lors de l’administration Bush. En 2001, il a appuyé la réduction des impôts, une décision qui a considérablement aggravé le déficit public tout en accroissant les inégalités sociales. Ces politiques ont permis à un groupe restreint d’accéder à des fortunes illimitées, tandis que les travailleurs étaient laissés dans l’incertitude face aux salaires stagnants ou à la perte de leurs protections sociales.
Dans le cadre de sa stratégie pour préserver la puissance économique des élites, Greenspan a également refusé toute régulation des produits financiers complexes tels que les CDO et les CDS. Cette décision a permis aux banques de vendre des instruments extrêmement risqués sans contrôles adéquats, ce qui a finalement déclenché la crise financière de 2008. Son refus d’admettre l’évolution des syndicats américains a été un facteur déterminant dans le déclin progressif de leur influence.
Au cours des années 1990, Greenspan a insisté sur l’idée que les travailleurs étaient « traumatisés » par la crise économique et donc incapables d’exiger des augmentations salariales. Cette théorie, qui a été largement utilisée pour justifier des politiques restrictives, s’est révélée erronée lorsque le chômage a diminué sans que les salaires ne baissent.
La véritable tragédie de Greenspan réside dans sa capacité à se démarquer de ses propres principes. Son engagement envers l’ordre économique des puissants l’a conduit à sacrifier les intérêts collectifs pour le bénéfice individuel, un processus qui a finalement affaibli la société américaine tout en renforçant son propre pouvoir. Aujourd’hui, ses choix restent une leçon cruelle : lorsque l’économie est conçue pour servir les élites, elle ne peut jamais protéger les plus vulnérables.