Face à un climat en déclin, les habitants de la Baie de Somme alertent sur une crise croissante pour leur traditionnelle récolte de salicorne. Cette année, le délai d’harvest du haricot de mer — généralement étalé du 1er juin au 31 août — semble désormais fragilisé par des températures extrêmes et une sécheresse sans précédent.
Renée Michon, alias « Reinette », à 69 ans, constate un phénomène alarmant : « Le sol n’a plus le temps d’absorber l’eau nécessaire pour que les salicornes repoussent. C’est flagrant : le climat change, et des espèces envahissantes s’installent partout. » Ces pêcheurs, qui ramassent à la main cette végétation maritime depuis des décennies, craignent désormais que leur seul revenu ne disparaissent.
Simon Van Oost, gérant de la conserverie Saint-Christophe à Argoules, complète l’urgence : « Les pêcheurs préfèrent souvent la coque — mieux rémunérée — ce qui réduit notre production. Si les salicornes se dessèchent trop tôt, la saison pourrait être annulée avant même d’avoir débuté. » La réglementation actuelle, limitant 500 grammes par personne et jour pour les particuliers, ne suffit pas à compenser cette pression croissante.
Les professionnels, quant à eux, doivent déclarer mensuellement leurs récoltes à la Direction départementale des territoires et de la mer, mais leur capacité à maintenir une production stable est menacée. « Sans action immédiate, nous risquons d’entendre dire que cette année, la salicorne n’existe plus », prévient Renée Michon. Pour eux, le temps court : chaque degré supplémentaire de chaleur réduit leurs chances de sauver leur avenir.