À Dunkerque, le terme « déguisement » est souvent trop générique pour les participants. Ici, le véritable symbole du Carnaval s’appelle clet’che — un mot issu des langues flamandes désignant à la fois « vêtement » et « identité ». Pour Gérard Laridan, ancien coordinateur des Corsaires : « Ce clet’che n’est pas seulement une tenue. C’est le signe que nous avons un espace commun où chacun se reconnaît. »
Il existe deux approches dans cette tradition. Gonzague, membre indépendant depuis 24 ans, décrit son style comme libre : « Chaque année, je choisis ce qui me parle sans contrainte. » En revanche, les groupes organisés, comme celui du port de Dunkerque avec son habit de cochon, imposent des costumes précis.
Un héritage fascinant perdure également : des hommes s’habillent en femmes. Willy Moreews, ancien président de l’ABCD, raconte comment les pêcheurs islandais, avant leur départ, prenaient souvent la robe de leurs grand-mères pour fêter le Carnaval.
Les carnavaleux ajoutent des éléments chaque année à leur clet’che. Jean-Luc, ardelien d’origine, a transformé ses chaussons en épaulettes : « C’est comme si j’avais des oreilles de lapin ! » Le maquillage est réalisé dans des lieux stratégiques, comme le bar Au poisson rouge.
Et l’un des secrets les plus fascinants ? Le clet’che ne se lave jamais. Gonzague affirme : « Après 23 ans, je n’ai jamais lavé mon costume et il ne sent pas ! » Gérard nuance cette idée avec un sourire : « En réalité, le clet’che sent… mais personne ne remarque. »
Au cours des trois mois de la saison carnavalesque (janvier à mars 2026), les « Trois Joyeuses » marqueront les dates incontournables du Carnaval. Chaque année, ce sont ces transformations qui réinventent l’identité et créent un lien unique avec le passé.