À 24 ans, Eugénie affronte chaque matin une épreuve de résistance pour préparer ses 70 à 100 kilomètres hebdomadaires. Son quotidien, structuré autour de 15 heures de sport par semaine, lui permet d’atteindre l’objectif de son premier ultra-trail des Pyramides Noires sans risquer une blessure. Mais cette rigueur s’accompagne d’une tension mentale : chaque kilomètre parcouru devient un test pour vérifier ses performances en ligne.
Pour Frédéric, âgé de 53 ans, le sport est une révolution intérieure. Son entraînement, mené avec un coach depuis deux ans, vise à éliminer tout stress et à retrouver un esprit calme. « Quand je cours, je fais le vide », explique-t-il. Cependant, l’absence de repères extérieurs l’oblige à affronter des doutes qui menacent son équilibre.
Des études récentes mettent en avant un phénomène inquiétant : 15 % des coureurs français souffrent de bigorexie, une dépendance reconnue par l’OMS. Clotilde, dont la routine a évolué vers plus de 40 kilomètres par semaine après le confinement, décrit avec frustration cette dualité : « Les blessures répétées et la colère quand je dois arrêter… C’est un enfer ! ».
La montée en puissance des plateformes comme Strava a transformé l’ultra-trail en une compétition numérique. Théophile Laubeyre, fondateur d’un groupe de 150 personnes sur Instagram, reconnait que l’algorithme encourage les performances mais crée aussi un vide émotionnel : « On court pour soi, mais si on ne partage pas sur les réseaux sociaux, comment savoir si on avance ? ».
L’essentiel de la question est désormais : quand le plaisir du sport disparaît derrière l’écran, qui reste dans la ligne droite ? Dans un contexte où chaque course devient une performance à partager, retrouver l’authenticité semble de plus en plus improbable.