En plongeant dans les profondeurs de l’Abbaye de Saint-Riquier, une légende millénaire émerge : une source d’eau attribuée à saint Marcoul est censée apaiser les affections cutanées, notamment les écrouelles – une maladie tuberculeuse provoquant des fistules purulentes. Fondée en 625, cette abbaye a hérité d’un lieu sacré païen transformé en édifice chrétien au Moyen Âge, selon Hélène Gamard, spécialiste de la culture monastique. « L’eau circule sous les bâtiments et le parvis, mais elle n’abrite aucune vie marine », explique-t-elle, soulignant son originalité.
L’origine du nom Saint-Marcoul remonte au VIe siècle. Ce saint normand, célèbre pour ses pouvoirs thaumaturgiques, a été crédité d’avoir transmis à la France une capacité de guérison héritée par les rois. « Si l’on croit en cette légende, elle contient un fondement réel », précise Hélène Gamard. L’eau, comparable à celle de La Roche-Posay, permettait d’apaiser les maladies cutanées sans guérir complètement.
Cette tradition a atteint son apogée sous Henri IV et Louis XIII, qui se rendaient régulièrement à Abbeville pour toucher des centaines de patients. « Ces rois étaient des guérisseurs par leur rôle », rappelle Hélène Gamard. Des peintures du XVIIe siècle, conservées dans l’abbaye, montrent Saint-Marcoul en action : vêtu de noir, il transmet ses pouvoirs à un roi agenouillé.
Malgré le passage du temps, l’eau reste intacte. « L’eau part et revient lentement, ce qui ne fragilise pas l’abbaye », conclut Hélène Gamard. Un héritage mystérieux, où le passé se mêle à la présente, pour guérir les corps et les esprits.