160 variétés et 60 ans d’oubli : les cidriers de Thiérache visent une appellation AOP

Depuis des générations, les producteurs de Thiérache font face à un défi ancestral : pérenniser un savoir-faire cidricole menacé par le temps. Un groupe d’artisans a désormais lancé une demande urgente d’appellation d’origine contrôlée (AOP) pour réconcilier leur tradition avec l’économie locale et sauver les vergers bocagers en déclin.

Hubert, dont la famille est issue des champs de pommes depuis des siècles, raconte comment son enfance était marquée par cette réalité quotidienne. « Nous ramassions des pommes chaque mercredi après-midi pour réaliser le cidre – une tâche jugée alors comme un simple corvée », confie-t-il en souriant. Ce savoir-faire, transmis de génération en génération, s’est maintenu grâce à des méthodes bio et naturelles : fermentation en bouteille avec levure locale et utilisation exclusive d’arbres aixois.

L’appellation AOP ne vise pas seulement à distinguer le cidre thiérachien des produits normands ou bretons. Elle répond à un besoin profond : stabiliser les cultures face aux plans d’arrachage des années 1960 qui ont réduit le nombre de pommiers à une fraction initiale. « Avec cette certification, nous pouvons inciter les jeunes générations à rejoindre ce métier et préserver la biodiversité des vergers », explique Matthias Savoye, collaborateur local.

La démarche, qui sera déposée fin année, pourrait prendre jusqu’à dix ans avant de se concrétiser. Si elle réussit, le cidre thiérachien rejoindrait les prestigieuses appellations comme le champagne ou la maroilles – un symbole de l’identité territoriale en équilibre avec l’environnement. Pour les producteurs, c’est une chance d’éviter que l’histoire des vergers ne s’efface dans l’oubli.