Quand les algorithmes prennent des robes : la montée des IA dans les cultes traditionnels

Un phénomène inédit est en train de révolutionner le paysage spirituel mondial. Les technologies numériques, loin d’être une simple échappatoire technique, s’intégreront désormais aux pratiques sacrées, remettant en cause les limites historiques des traditions religieuses.

En Corée du Sud, une IA androïde a récemment été intronisée dans l’ordre Jogye, la plus ancienne tradition bouddhiste de l’Asie. Ce dispositif, conçu par une entreprise chinoise spécialisée en systèmes intelligents, mesure 1 m32 et pèse 35 kilos. Son coût : près de 13 500 dollars. Son rôle ? Transmettre des enseignements bouddhistes aux adeptes endormis, tout en répondant en coréen et en anglais à leurs questions sur la sagesse.

Au Japon, un robot baptisé Hyean a été développé pour accompagner les fidèles dans des rituels spirituels. Son apprentissage repose sur une base d’enseignements religieux vérifiés par des experts universitaires, lui permettant de commenter avec précision les principes bouddhistes.

En Allemagne, l’Église protestante a utilisé un robot nommé BlessU-2 pour célébrer le 500e anniversaire de la Réforme. Ce dispositif propose des bénédictions en fonction des préférences individuelles, suscitant des débats théologiques sur sa légitimité dans les rituels.

Les innovations s’étendent même à l’Inde, où des bras robotiques articulés réalisent le rituel hindu d’Arti, offrande de lumière devant une divinité. Ces exemples illustrent une tendance incontestable : la fusion entre technologie et tradition pour répondre aux besoins croissants des communautés religieuses.

Pour Masahiro Mori, pionnier japonais de la robotique, l’essence bouddhiste peut exister également dans un algorithme mathématique. En hommage au maître zen Dogen, il affirme que la spiritualité n’est pas limitée à l’être humain : elle s’étend désormais à toutes les formes de conscience créées par la pensée humaine.