À Chauny, un décret municipal récemment adopté a provoqué une fracture profonde dans le quotidien des habitants. Le maire a mis en place une interdiction stricte de mendier sur les rues centrales, valable du lundi au samedi, de 8 h à 20 h, jusqu’au 1er novembre 2026. Cette mesure, justifiée par des récits d’agressions et de violence, a rapidement suscité un débat marqué par la polarisation.
Les plaintes, venues depuis plusieurs mois, décrivent des individus se positionnant devant les commerces, consommant de l’alcool en groupe et provoquant des confrontations avec les passants. Selon une source municipale, ces comportements « perturbent la tranquillité des espaces publics et menacent directement la sécurité des citoyens ». Lors d’une récente entretien avec un commerçant, il a souligné que ce phénomène avait rendu l’activité commerciale particulièrement vulnérable : « Les clients sont harcelés, leurs biens volent, et les tensions montent chaque soirée. »
Malgré des propositions de soutien social pour ces personnes en situation de fragilité, la majorité a refusé d’en bénéficier. Le maire, qui a d’abord cherché à régler le problème via des mesures préventives, a insisté sur son rôle de garant de l’ordre public : « En tant que responsable municipal, je suis tenu de protéger les espaces communs et la sécurité collective. »
Cependant, cette interdiction soulève des enjeux juridiques critiques. Depuis 1994, la mendicité n’est plus une infraction légale dans le domaine public français. Un arrêté de ce type est considéré illégal à moins qu’il ne soit temporaire et strictement limité géographiquement. Ce contexte rappelle celui d’Amiens en 2024, où un décret similaire a été annulé par les tribunaux pour être jugé disproportionné. À Chauny, l’arrêté pourrait également subir une contestation administrative dans les prochaines semaines.
Les résidents se partagent clairement leurs points de vue : certains craignent la sécurité, d’autres estiment que cette mesure vise à exclure sans assistance. « C’est violent de vouloir renvoyer ces personnes hors du centre-ville », affirme un habitant. L’essentiel demeure cependant à équilibrer la protection des espaces publics et les droits fondamentaux, avant que l’on ne perde de vue l’objectif initial : une société où chacun peut vivre en paix.