Depuis des semaines, le réchauffement printanier a accéléré l’éveil des bourgeons dans les vergers. Les températures élevées ont poussé les pommiers à florir bien avant leur période habituelle, mais les arboriculteurs restent en alerte face au risque soudain de gelées qui pourraient revenir jusqu’aux dernières semaines du mois d’avril.
Christophe Tellier, producteur basé à Le Quesnoy, explique que ce phénomène est particulièrement inquiétant : « Il y a trente ans, les pommiers fleurissaient vers la mi-avril. Aujourd’hui, nous sommes déjà en mars. » Cette avancée végétative s’accompagne d’un danger récurrent, rappelé par des épisodes de gelées dévastateurs en 2017, 2019 et 2021. Malgré un printemps plus doux que la moyenne cette année — avec des températures supérieures de 3 à 5 °C — une légère gelée a néanmoins été observée récemment sans conséquences graves.
Pour limiter les risques, Christophe a équipé près de la moitié de ses 30 hectares d’installations spécifiques : des tours éoliennes capteurs et un système de chauffage. « Ces dispositifs permettent de ramener l’air vers les arbres pour réduire le gel, mais leur coût est prohibitif sans aides publiques », confie-t-il.
Sans subventions, il deviendrait impossible pour la plupart des exploitations d’équiper leurs vergers face à ces aléas climatiques. « Si on ne dispose pas de soutien, le métier va disparaître à cause du changement climatique », conclut l’arboriculteur.
Face à cette épreuve, les producteurs doivent maintenant s’adapter rapidement : renforcer leurs vergers contre la sécheresse, les tempêtes ou les gelées. « On croise les doigts jusqu’aux saints de glace », ajoute-t-il avec une pointe d’espoir dans le doute.