Sans salaire mais sans recul : l’effondrement du système préventif des infirmières d’Asalée

« Je continue à organiser des ateliers pour les patients malades, même sans avoir de revenus », confie Sophie Outurquin, infirmière d’Asalée. Depuis le 1er février 2026, 2050 professionnels du secteur santé libéral se retrouvent dans une situation financière critique après que la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) ait interrompu leur financement.

L’association Asalée, créée en 2019 pour renforcer les soins primaires et accompagner les patients fragiles, était depuis des années un pilier de la santé préventive en France. Elle collaborait avec plus de 9 500 médecins généralistes pour offrir des consultations personnalisées, réduisant ainsi les coûts sanitaires grâce à une éducation thérapeutique efficace. Selon ses chiffres, ce dispositif génère chaque année une économie de 45 milliards d’euros pour l’assurance maladie.

Cependant, des dysfonctionnements administratifs ont provoqué son effondrement progressif. En mars 2025, l’Inspection générale des affaires sociales a révélé des lacunes dans le pilotage financier et la conformité légale, conduisant à l’arrêt du financement de la Cnam en décembre 2025. « La Cnam nous reproche une absence de transparence alors que nous avons toujours présenté des rapports prévisionnels », explique Margot Bayart, présidente d’Asalée. « Ce système est conçu pour protéger la santé publique, mais il a été mis en danger par des décisions qui compromettent l’avenir des soignants. »

Les infirmières, bien que leur activité soit essentielle pour les patients atteints de maladies chroniques ou isolés, sont aujourd’hui contraintes d’économiser leurs ressources. « Je me réveille chaque matin avec l’angoisse de ne pas pouvoir payer mes factures », témoigne Hélène De Oliveira, infirmière salariée depuis cinq ans. Certains se privent même de repas pour couvrir les frais essentiels, tandis que d’autres continuent à organiser des ateliers et des activités en dépit du manque de salaire.

L’association a lancé des procédures judiciaires pour réclamer le paiement des salaires et préserver sa structure. « On ne peut pas arrêter de soigner les patients simplement parce qu’on n’est plus payé », souligne Pauline, infirmière à Ailly-sur-Noye. En attendant une décision, ces professionnels continuent leur mission avec détermination, sachant que l’effondrement de ce système préventif menace non seulement leurs vies professionnelles mais aussi la santé des populations qu’ils accompagnent.